Objet : la cagnotte du car, un chèque sans ordre et un acompte
La compagnie de cars veut un acompte jeudi pour la sortie à la ferme, quatre familles sur vingt-six ont payé, et un chèque arrive sans ordre ni date valable.
Tomasz Żyłka · 3 min de lecture
· mis à jour
Objet : la cagnotte du car.
C'est ainsi que commence mon mail à la maîtresse, mardi, 20 h 40. Je l'ai écrit trois fois. Chaque version était plus polie que la précédente et plus proche du sanglot. La version finale tient en une ligne : "Bonsoir, je gère." Il ne faut jamais écrire "je gère". C'est exactement ce que dit quelqu'un qui ne gère pas.
Sur le papier, c'est simple. La compagnie de cars veut un acompte pour la sortie à la ferme pédagogique. Elle le veut jeudi, par virement ou par chèque, et le prix n'est pas négociable, contrairement à tout le reste de ma vie. J'ai vingt-six familles. Quatre ont payé.
Quatre virements et un acte de foi
Voici l'état de la cagnotte à 20 h 52 :
- 4 virements confirmés
- 1 Lydia envoyé "pour la ferme" par un parent dont je ne sais pas de quel enfant
- 3 promesses orales, recueillies au portail
- 2 "je l'ai dans le carnet", ce qui signifie qu'il est dans un cartable, qui est dans une voiture, qui est quelque part en Bretagne
- 1 message vocal de deux minutes quarante
Je n'ai pas écouté le vocal. Je le garde comme on garde une bonne bouteille.
Le chèque sans ordre
Mercredi matin, la maîtresse m'a tendu une enveloppe glissée dans un cahier de liaison, comme on tend un colis suspect. Dedans, un chèque. Montant : bon. Signature : superbe. Date : le 31 septembre, un jour que le calendrier ne connaît pas et que ce parent a visiblement inventé par optimisme. Ordre : vide.
À l'ordre de qui ? De la coopérative scolaire ? De la maîtresse ? De la classe ? De moi, trésorière, personnellement, en tant que personne morale du CE2 ? J'ai tenu l'enveloppe longtemps, à la manière d'un archéologue qui vient de déterrer un objet dont il ignore le mode d'emploi. Dans le doute, j'ai appelé la coopérative, qui a dit : "Ah." C'est tout ce que j'ai obtenu, et c'était déjà beaucoup.
Une digression sur les pigeons de la boulangerie
Hier midi, devant la boulangerie, j'ai vu quatre pigeons se partager un croûton sans conflit, sans réunion, sans que personne demande qui a eu la plus grosse part. Un pigeon est arrivé, a regardé, a compris, s'est mis en bout de file. C'est mieux organisé que le groupe WhatsApp de la classe, où il faut quarante-sept messages pour savoir qui apporte les gobelets.
Bref. Les pigeons, eux, n'ont pas de WhatsApp.
Revenons à la cagnotte.
Mercredi soir, 23 h 10
La moitié des familles a payé la veille de la date limite. Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est une loi de la nature : en France, on règle le soir où on y pense, et on y pense quand l'échéance a un visage. La mienne en avait un : celui du chauffeur, que je n'avais jamais vu, que je redoutais déjà.
À minuit moins le quart, le total ne tombait pas juste. Je l'ai cherché jusqu'à ce que la veilleuse du couloir s'éteigne. L'écart venait d'un parent qui avait arrondi à la baisse, comme on arrondit une distance quand on est en retard.
Je n'ai envoyé aucune relance. J'ai envoyé un seul message, à tout le groupe, avec le montant, la date et le RIB. La phrase la plus lue de l'histoire de la classe, c'était "merci d'avance". On y a même répondu avec des pouces.
Parenthèse publicitaire, brève : oui, ClassKasa fait ça. Un seul lien pour toute la classe, chacun voit dans sa langue ce qu'il doit, la liste de qui a réglé reste sous les yeux de la seule trésorière (FAQ). Premium se paie par classe, pas par parent (tarifs) : sur 25 familles, ça se compte en centimes. Le reste est dans notre guide de la caisse de classe.
Jeudi à 8 h 05, j'ai appelé la compagnie pour confirmer. Le chauffeur a décroché, a cherché dans son planning, puis m'a dit, avec beaucoup de douceur :
- Madame, vous m'avez réservé pour mardi.
- La sortie est mercredi prochain.
- Je sais, madame.
Il a ri. Gentiment. Longtemps.